LES RIVALITES FRANCO-ITALIENNES DANS L'OPERA.

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Dès le XVIIème siècle, opéras français et italiens allaient être opposés en un antagonisme qui durera plus de deux siècles.

Les raisons :

  • origines parallèles et simultanées de l'opéra dans les deux pays.
  • caractéristiques différents dues à la langue.
  • l'implantation italienne dans toutes les grandes villes européennes.

Points culminants :

  • LULLY considéré face aux italiens comme le promotteur de l'art français.
  • RAMEAU sera opposé aux "Bouffons" (voir querelle des bouffons) du théâtre italien (milieu XVIIIème siècle) combattu par leurs partisans : Rousseau et les encyclopédistes.
  • GLUCK sera mis en parallèle, malgré lui, avec PICCINI (italien) lors de la composition d'un opéra sur le même sujet.
  • XIXème siècle : BERLIOZ souffrira de la domination italienne dans le monde du théâtre.

EXTRAITS DE LA "LETTRE SUR LA MUSIQUE FRANCAISE" écrit par Rousseau en France.

" ... Et la prevue la plus marquée que la musique française ne sait ni peindre ni parler, c'est qu'elle ne peut développer le peu de beautés dont elle est susceptible sur des paroles qui ne signifient rien. Cependant, à entendre les Français parler de musique, on croirait que c'est dans leurs opéras qu'elle peint de grands tableaux et de grandes passions, et qu'on ne retrouve que des ariettes dans les opéras italiens, où le nom même d'ariette et la ridicule chose qu'il exprime sont également inconnus. Il ne faut pas être surpris de la grossièreté de ces préjugés : la musique italienne n'a d'ennemis, même parmi nous, que ceux qui n'y connaissent rien ...
Le caractère traînant de la langue, le peu de flexibilité de nos voix, et le ton lamentable qui règne perpétuellement dans notre opéra, mettent presque tous les monologues français sur mouvement lent, et comme la mesure ne s'y fais sentir ni dans le chant, ni dans la basse, ni dans l'accompagnement, rien n'est si traînant, si lâche, si languissant que tous ces beaux monologues que tout le monde admire en baîllant : ils voudraient être tristes, et ne sont qu'ennuyer, ils voudraient toucher le coeur et ne font qu'affliger les oreilles ...
Je crois avoir fait voir qu'il n'y a ni mesure, ni mélodie dans la musique française, parce que la langue n'y est susceptible; que le chant français n'est qu'un aboiement continuel, insupportable à toute oreille non prévenue que l'harmonie en est brute, sans expression, et sentant uniquement son remplissage d'écolier ; que les airs français ne sont point des airs, que le récitatif français n'est point du récitatif. D'où je conclus que les Français n'ont pas de musique et n'en peuvent avoir, ou que, si jamais ils en ont une, ce sera tant pis pour eux."

Rousseau, ému par les représentations italiennes (des Bouffons en 1752) ouvrit le combat et, avec le manque d'équilibre de sa nature, il tomba sur-le-champ dans une gallophobie exaspérée. Sa "Lettre sur la musique française" de 1753, qui fut le signal de la "guerre des Bouffons" dépasse en violence tout ce qu'on a jamais pu écrire dans la suite contre la musique française. Il faut bien se garder de croire que cette lettre représentât l'état d'esprit des Encylopédistes. Elle était trop paradoxale. Qui veut trop prouver ne prouve rien. Diderot et d'Alembert, malgré leur admiration pour les Italiens, continuèrent à rendre justice aux musiciens français. Grimm lui-même restait sceptique ; et, dans un pamphlet, où il constate qu'aucun opéra de Rameau ne peut plus se maintenir, depuis la victoire des Bouffons, il ne s'en réjouis pas, comme on pourrait le penser "Qu'avons-nous gagné ? C'est qu'il ne nous restera ni opéra français ni italien ; ou, si nous avions celui-ci, nous perdrions encore au change, en convenant même de la supériorité de la musique, car soyons de bonne foi, l'opéra italien fait un spectacle aussi imparfait que les chanteurs qui en sont l'ornement ; tout y est sacrifié au plaisir de l'oreille."

Si, pourtant, les Encyclopédistes ne tardèrent pas à prendre violemment parti pour Rousseau et pour l'opéra italien, c'est qu'ils furent exaspérés par la brutalité scandaleuse avec laquelle les partisans de l'opéra français les combattirent. D'Alembert dit, dans son "Essai sur la liberté de la musique", que Rousseau se fit plus d'ennemis, et en attira plus à l'Encyclopédie par sa lettre sur la musique que par tous ses écrits antérieurs. Ce fut une explosion de haine. Il semblait que l'admiration de la musique française dût être un article de foi. "Certaines gens, dit d'Alembert, tiennent pour synonyme bouffoniste et républicain, frondeur et athée." Il y avait de quoi révolter tous les esprits indépendants. Il était inadmissible qu'on ne pût en France attaquer l'opéra sans être couvert d'injures et traité de mauvais citoyen. Et ce qui mit le comble à l'indignation des philosophes, ce fut la façon cavalière dont les ennemis des Italiens se débarrasèrent d'eux, par un arrêt du roi qui les expulsait de France en 1754. Cette façon d'appliquer à l'art les procédés du protectionnisme le plus despotique souleva contre l'opéra français la conscience de tous les esprits libres. De là l'emportement de la lutte."

EXPLICATION de Romain Rolland

N.B : Hors de la scène, les mêmes oppositions se manifestèrent et COUPERIN fit oeuvre de conciliateur en écrivant ses concerts appelés "les Goûts réunis".